Drame conjugal près de Rouen

Sa compagne et son bébé sont toujours hospitalisés dans un état grave au CHU de Rouen. Jeudi soir, Steevy B. a été incarcéré après avoir été mis en examen pour « tentative de meurtre aggravée » et « violences volontaires sur personne vulnérable ». Me Alexis Julia, son avocat, conteste son intention de la tuer et soulève la question de sa responsabilité pénale.

Depuis jeudi soir, Steevy B. dort en prison. L’intérimaire, âgé de 19 ans, a été mis en examen par un juge d’instruction pour « tentative d’homicide aggravée » et « violences volontaires sur personne particulièrement vulnérable ». Dimanche soir, à Maromme dans la banlieue de Rouen, il s’est acharné sur sa compagne enceinte de 8 mois lors d’une dispute (lire nos éditions précédentes). Selon l’expression d’une source proche des investigations, « il l’a massacrée »Le jeune homme l’aurait cognée avec ses poings, mais aussi en utilisant notamment une ceinture et un haltère. Admise au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Rouen lundi matin, l’étudiante de 20 ans est toujours dans un état grave. Son bébé, sorti par césarienne en urgence, est lui dans un état critique. « Ils sont stabilisés, mais c’est toujours très préoccupant », confie une source judiciaire.

Ce jeudi, au lendemain de la mise en examen de Steevy B., son avocat Me Alexis Julia a accepté de s’exprimer dans Paris-Normandie. « Mon client a reconnu les faits de violences sur sa compagne, mais conteste formellement les faits de tentative d’homicide. Il regrette énormément les violences qu’il a commises. Il explique qu’il a été pris d’un coup de folie, par jalousie. Il ne sait pas comment il en est arrivé là, il ne parvient pas à l’expliquer ». Selon nos informations, le jeune homme a été vu rapidement par un expert-psychiatre pendant sa garde à vue. Le médecin aurait diagnostiqué une « jalousie de type paranoïaque », qui a pu altérer son discernement au moment de la commission des faits. « Je n’ai rien à dire concernant cette expertise, c’est un acte dans la procédure, déclare l’avocat rouennais. Mais il est clair qu’à mon sens, se pose d’ores et déjà la question de sa responsabilité pénale, compte tenu des troubles de la personnalité de mon client, compte tenu également de la nature des faits, compte tenu aussi qu’il n’était quasiment pas connu des services de police. Je vais solliciter très rapidement une demande d’expertise par un psychiatre, qui pourrait conclure en effet à une altération ou à une abolition du discernement ».

Une comparaison ADN entre celui du suspect et celui de l’enfant

Le suspect aurait affirmé devant les policiers de la Brigade criminelle qu’il pensait que sa compagne avait quelqu’un d’autre dans la vie, qu’elle le trompait. Il aurait déclaré également qu’il s’interrogeait sur la paternité de l’enfant qu’elle portait. «C’est en partie ce qu’il dit, précise Alexis Julia. Bien sûr, il y a un fond de jalousie, mais il a du mal à expliquer le pourquoi de ces terribles violences. C’est notamment pour cela, je le répète, que la question de son discernement se pose nécessairement ». Le juge d’instruction devrait ordonner une expertise pour comparer l’ADN de Steevy B. à celui du petit garçon né en catastrophe.

Le couple était ensemble depuis plusieurs années ; ils se sont rencontrés lorsqu’ils étaient adolescents. En semaine, lui vivait chez sa mère à Maromme, elle vivait chez les siens qui habitent également dans la banlieue de Rouen. Ils se voyaient de temps en temps la semaine, et tous les week-ends ils les passaient chez la mère du garçon. L’étudiante, qui a mis entre parenthèses sa formation pendant sa grossesse, n’aurait jamais signalé à sa famille une quelconque agressivité de la part de son compagnon. Cependant, certains dans son entourage savaient… « A ma connaissance, aucune plainte n’a jamais été déposée par la compagne », balaye l’avocat.

L’information judiciaire ne fait que commencer. Elle devrait durer de nombreux mois.

Baptiste Laureau

Paris-Normandie du 30/09/16